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Cette histoire appartient dorénavant au royaume des légendes, voire des mythes. Et dire que c’est arrivé ici-même au marché aux puces de Sausalito ! Qui aurait jamais dit que ce jour-là allait devenir un événement d’importance historique dans le monde des masques himalayens…

Il s’agit d’un dimanche qui a commencé comme tous les dimanches de 1984 où nous venions « offrir nos offrandes sur l’autel du marché aux puces ». On y trouvait mélangés avec désinvolture des trésors, de la brocante et de l’art ethnique en provenance d’Afghanistan, de Bolivie, du Cambodge et même d’Afrique australe, du Yémen, de Zambie et toutes régions attenantes.

Il y avait le groupe qui arrivait équipé de lampes de poche avant le lever du soleil et le groupe plus tardif qui essayait de récupérer de sa cuite du samedi soir et n’arrivait jamais avant midi. J’essayais généralement d’arriver avant mon copain Mort Golub réputé pour son œil de faucon mais qui dépensait rarement plus de 60 dollars, ce qui me donnait une petite marge pour négocier des objets un peu plus chers qu’il avait passés. Mais ce jour-là, à mon grand chagrin, il est arrivé aux puces une demi-heure plus tôt, ces 30 minutes critiques qui lui ont permis de faire une découverte sensationnelle !

Il s’est approché avec un masque à la main et m’a demandé ce que j’en pensais. J’ai immédiatement remarqué qu’il s’agissait d’un des plus beaux masques himalayens que j’avais jamais vus, un Mahakala noir. Ce masque venait d’arriver des montagnes du Népal, ramené par un sherpa désirant le vendre pour payer le coût de son pèlerinage de nouvel an tibétain au stupa de Boudhanath de Katmandu. Et sur le coup Mort a eu la sagesse de l’acheter à un bourlingueur qui venait tout juste de revenir aux États-Unis et qui l’avait acquis auprès de ce pèlerin. Mort m’a demandé ce que j’en pensais et tout ce que je pouvais lui dire est que c’était un très bel objet et que j’étais curieux de son prix. Il était visiblement sous le choc en me répondant 600 dollars, dix fois sa limite habituelle. J’ai commis l’erreur de lui offrir 1 000 dollars sur-le-champ. Loin d’être trompé, il a tout de suite compris qu’un profit de 400 dollars en une demi-heure était trop beau pour être vrai. Il refusa. Il ramena le masque chez lui et le cacha dans un tiroir car il effrayait sa petite fille. Et au cours des mois suivants, j’ai amplifié mes offres : 1 500, 2 500, 3 500 dollars… Il m’a finalement remercié et m’a bien fait comprendre une fois pour toutes qu’il ne me le vendrait jamais… Je lui ai alors suggéré, « Bon, Mort, pour que tu saches, c’est vraiment une œuvre d’art et si tu ne veux pas la vendre, pourquoi ne pas l’utiliser comme pièce maîtresse pour une collection ? C’est une occasion unique au moment même car des objets magnifiques apparaissent, mais tout le monde ne comprend pas les masques himalayens, ce qui veut dire qu’on peut tirer parti des variations de prix du marché. Mais tu peux être sûr que les plus beaux objets vont te coûter cher, comme on peut le prévoir la valeur correspondra à la qualité ! » Après discussion, Mort a consenti à fournir les fonds tandis que j’utilisais mes contacts à Katmandu, Paris, New-York, L.A. et San Francisco où des pièces importantes faisaient surface. Il m’a autorisé à démarrer une collection en commun enrichie par notre vision et sens de l’esthétique combinés.

Au cours des dix années suivantes nous avons accumulé un groupe de 75 masques reconnu depuis comme l’une des plus belles collections mondiales. Alan Marcuson qui était alors éditeur de Hali Magazine et pour qui j’avais écrit quelques essais à propos de textiles nous a offert une opportunité pour laquelle je lui serai toujours reconnaissant. Alan est venu voir la collection de Mort à Corte Madera et au cours de cette visite m’a demandé de participer à un projet spécifique, « Le Hali Annual », une édition cartonnée de grand format sur les arts d'Asie. Alan pensait que les masques de l'Himalaya seraient un excellent sujet complémentaire aux autres articles de fonds écrits par de grands professeurs. L'article devrait posséder le plus d'illustrations possible. Le Parrain m'avait fait une offre que je ne pouvais refuser!

J’ai travaillé comme un fou  pour finir à temps et miraculeusement, la force était avec moi. J’ai présenté les masques en trois groupes : classiques, de village et primitifs-chamaniques en les situant dans un contexte culturel asiatique agrandi. J’ai exploré l’histoire des religions, du chamanisme sibérien au début du Boudhisme, dans le contexte des cérémonies masquées qui servaient aussi à transmettre des messages spirituels aux populations non lettrées. L’essai a été très bien reçu par le public et est depuis devenu un ouvrage de référence dans le domaine. De plus, les superbes photographies de Don Tuttle ont permis pour la première fois de voir ces masques sur papier comme des œuvres d'art. Et bien qu’à l’époque nous avions saisi que nous bénéficions d’une occasion extraordinaire, nous n’aurions jamais pu imaginer que l’article de 1995 par ce même auteur, « Démons et déités - Masques de l'Himalaya » contribuerait à définir une esthétique classique et établirait la provenance « Mort Golub » dorénavant réputée, particulièrement en Europe devenue le berceau du renouveau d'intérêt pour les masques himalayens.


Cet article est disponible ici :
https://www.tmurrayarts.com/publications/tm-articles/demons-and-deities/

À mi-chemin au cours de cette phase d’acquisition de dix ans, j’ai remarqué que Mort commençait à fabriquer des sculptures et des masques à l’aide d’objets trouvés tels que des pièces de métal rouillé et d’étranges morceaux de bois épars sur la plage. Il sillonnait maintenant le marché aux puces à la recherche d'objets possédant une forme qui lui parlait, entre autres de vieux outils en métal et des bouts de bois en forme de chapeau. Faisant appel à une alchimie créative interne il transformait ensuite ces débris rejetés par notre société de consommation en objets d’art visionnaires fascinants. Et au fil du temps, il devint évident qu’il se passait quelque chose d’extraordinaire : Mort était passé de collectionneur à sculpteur ! Et les objets qu’il façonnait n’étaient pas seulement intéressants, ils étaient franchement inspirés. Mme Markbreiter, directrice du magazine « Arts of Asia » qui avait entendu parler de l'œuvre de Mort l'invita à écrire pour son magazine et il publia « Transforming Masks » qui parut dans l'édition d'avril 1999. Il y décrit comment l’assemblage d’une collection de masques de transformation himalayens l’avait en fait transformé lui-même. Et pour la première fois dans cet article, ses œuvres ont été publiées conjointement avec les masques tribaux et monastiques qui l’avaient inspiré. C’était une importante déclaration de ses valeurs en tant que collectionneur et en tant qu’artiste. Ses sources d'inspiration s'étendent maintenant bien au-delà du plateau tibétain, à la Sibérie, au Japon, à l'Indonésie, l'Alaska, l'Afrique, aux Amériques, à l'Océanie et aux œuvres paléolithiques découvertes dans des grottes d'Eurasie.

Cet article "Arts of Asia" est disponible ici :
http://www.mortgolubart.com/about/publications/

L’article continue ci-dessous…

Masques inspirants de l’Himalaya et d’Indonésie                           Masques contemporains créés par Mort Golub

 

Les réalités de la vie sont intervenues comme elles le font souvent et autour du nouveau millénaire Mort dut se séparer d’une partie de sa collection pour couvrir ses obligations auprès de son ex-femme : un acte impensable dans un passé même proche mais facilité maintenant grâce aux satisfactions que le façonnage de ses propres masques lui procurait. Simultanément, ses œuvres élicitaient un plus grand intérêt en Europe, collectionneurs et marchands arrivant de Paris et Bruxelles pour essayer d’extorquer un ou deux masques de sa collection. Et beaucoup de ces clients européens ont rapporté des sculptures artisanales de Mort sur le continent où il est maintenant relativement bien représenté dans de grandes collections privées grâce en partie à l'éditeur d'un autre magazine, Alex Arthur de « Tribal Arts », qui chante ses louanges.

Les œuvres d'art de Mort Golub ont attiré l'attention de la galerie Cavin Morris de New-York. Randall et Shari ont une perception exceptionnelle et très ouverte de la nature de l'art, des hautes terres de Nouvelle-Guinée aux céramiques contemporaines japonaises ; ils ont un sens de l'esthétique très pointu. Ils sont depuis longtemps particulièrement intéressés par l'art produit par des artistes autodidactes souvent mais incorrectement appelé art brut ou « Outsider Art ». Lors d'une visite à San Francisco, ils virent les œuvres de Mort, reconnurent immédiatement son talent et lui offrirent d’organiser une exposition. Depuis ce premier succès il y a dix ans, leur galerie de New-York représente les sculptures de Mort au plus grand plaisir de ce dernier.

L’histoire continue à Paris avec la publication par ce même auteur d’un catalogue bilingue anglais-français, « Masques des Pays des Fables » pour l’exposition « Parcours des Mondes » explorant plus profondément certains thèmes jungiens et principes psychiques sur lesquels se base le façonnage de masques dans le passé comme dans le présent. Les masques himalayens de la collection Golub faisaient partie de l’exposition, capturant l'attention d'une nouvelle génération d'amateurs de masques et établissant de nouveaux standards pour de futures collections.

Je termine maintenant en remerciant Caskey Lees de m'avoir inspiré à écrire cette histoire et à exposer cet art à de nouveaux amateurs qui ne connaissaient peut-être pas Mort Golub ni les masques des divers pays qui ont inspiré ses créations. Ce rare et important privilège ne vient pas simplement du fait que de comparer des masques traditionnels à ceux d'un artiste autodidacte est fascinant en soi-même. Cela vient du fait qu'Elizabeth Lees en tant qu’éditrice, Mort en tant qu’artiste et moi-même en tant que curateur voulons exprimer qu’une collection d'art peut améliorer l’existence, enrichir l'âme, inspirer la créativité et un sens d’accomplissement au-delà du soi. Et il se trouve qu’en racontant l'histoire de la collection de Mort et le processus de sa métamorphose, se révèle l’archétype du héros qui combat sa destinée et émerge en tant que véritable artiste. Un conte pour nous tous, dans lequel la créativité émane des profondeurs psychiques.

Et tout a commencé avec l’achat d’un masque…

Translation into French by Sylvie Reynolds, PhD


L’auteur offre ses remerciements aux personnes suivantes :
Sylvie Reynolds, Marcia Loeb, Bob et Clare, Sonia Lovewell,
Nora Stratton et Mort Golub sans l'aide de qui cet article n'aurait
pas été possible.

CREDITS: Page 1 / Private Collection, San Francisco, CA, photo by Don Tuttle.
Photos: / Mask origins: 1. Bhutan Monpa, demon 2. Nepal Middle Hills; 3. Nepal Middle Hills;
4. Nepal Middle Hills; 5. Nepal Newari, Lakhe; 6. Nepal Middle Hills;
7. Bhutan Monpa Apa; 8. Nepal or Tibet, Citipati. Photos 1–5 and 8 by Don Tuttle;
photos , 3, 4, 6 and 7 by Robert Bengston. Tous les masques de collections privées.
Photos: 1. Threshold Guardian, 1998; 2. Native Repair 2a, 2007;
3. Tlingit 1, 2007; 4. Old Bering Sea 2001/7, 2001; 5. Native Repair, 2010;
6. Old Bering Sea 2/2007, 2007; 7. Boat Mask 3, 2010; 8. Ocular 2009/3, 2009.
Photo 1 by Don Tuttle 2 3 4 6 7 by Nora Stratton, 5 and 8 courtesy of Cavin Morris Gallery, New York City